L’Abbaye de Vivegnis XIIIe – XVIIIe siècle

                                                                                                                                  21-6-2010

Contenu

 

Origine de l’abbaye. 1

Nom.. 1

Cisterciennes. 1

Organisation de l’Ordre. 1

Origine de « Vivegnis ». 1

Les habitants. 2

Noviciat et profession. 2

Deux religieux masculins. 2

L’abbesse. 2

Dames de chœur (professes) et sœurs converses. 4

Les domestiques. 4

Vie quotidienne. 4

Clôture, cloitre. 5

Rôle politique et social 5

Les bâtiments. 5

Les biens et revenus. 5

Fin de l’abbaye lors de la Révolution Française. 5

Redécouverte vers 1960 ….. 6

Carte des environs à la fin du XVIIIe siècle. 6

 

 

Résumé fait par Léon Snijders du livre de :

Marie-Elisabeth Henneau-Montulet Trois siècles de vie monacale à l’abbaye cistercienne de la Vigne Notre-Dame à Vivegnis (XVIe – XVIIIe s.)

Documents Herstaliens 6. 1981, 128pp.

Cette étude, petite en volume mais vaste en contenu, se base entre beaucoup d’autres sur les chartes originaux dans le Fonds de l’abbaye de Vivegnis qui se trouvent dans les Archives de l’État à Liège.

 

Origine de l’abbaye

Initiative de fondation de l’abbaye par Renier, second prieur de Beaufays, monastère de religieux de l’Ordre de Saint-Augustin.

Beaufays était un ‘monastère double’ : des moines et des sorores, fondé en 1123. Mais le prince-évêque de Liège conseillait d’éloigner les religieuses féminins, afin d’éviter des rumeurs de promiscuité …

Ainsi Renier envoyait en 1235 des religieuses à Vivegnis pour y préparer une nouvelle communauté. Beaufays y possédait depuis 1225 (acte du 4 avril) un morceau de terre et une métairie. C’est là que les ‘dames’ s’installaient. La date précise du déménagement est inconnue. La construction de bâtiments se prolongeait jusque au XVIIIe siècle !

La situation de l’abbaye me semble visible sur une carte datant de la fin de XVIIIe  siècle, trouvé dans le livre de Toussaint Pirotte : La vie à Hermalle au XIXe siècle (2003). Vous la trouverez en cliquant ici.

Le 8e centenaire de l’abbaye fut fêté en 1962 sept-oct. … [étrange date….] avec une exposition avec catalogue par Max Dutilleux.

 

Nom

Le cloitre portait le nom

-      Vinea Nostre Domini  (la Vigne de Notre Seigneur) ou

-      Voeteri-Vinea vulgariter Vienengnis (Vieux-Vigne, en langage populaire Vienengnis), ou encore

-      monasterium Veteri Veneto) , mais aussi

-      Vinea Beatae Mariae (Vigne de Sainte Marie) ou

-      Vigne-Notre-Dame (comme  dans le titre de cet ouvrage).

 

Cisterciennes

Les dames demandaient l’affiliation à l’Ordre de Cîteaux de Saint Bernard et Sainte Claire, soutenues par le prince-évêque de Liège et le duc de Lotharingie. La nouvelle abbaye sera une ‘fille’ de celle de Clairvaux (dép. De l’Aube en France): surveillée donc par l’abbé de Clairvaux, comme son ‘père immédiat’ .

Ces évènements sont bien documentées dans trois chroniques contemporaines et dans les Statuts du Chapitre Général de l’Ordre de Cîteaux de 1236. Par exemple :

Hiis temporibus fundatum est claustrum quod dicitur Vinea nostre Domine a Renero, priore Bellifaceti …..   monialibus, que post ordinem Cisterciensem susceperunt.

Petitio domini Leodiensis episcopi et duces Lotharingiae de suscipienda in Ordine nostro domo monialium quae dicitur Vinea Beatae Mariae, ordinis sancti Augustini, exauditur, et sit filia Claraevallis (= Clairvaux).

L’Ordre cistercien était fondé en 1098 par Robert de Molesmes à Cîteaux, voulant renouveler l’ancienne règle de St Benoit (qui figure par exemple toujours dans le prononcement des vœux). Sur l’ordre Cistercien voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_cistercien

Un peu plus tard Bernard de Clairvaux propageait en Europe son idéal monastique : fondation d’ Orval 1132, Val-Dieu 1185 etc.

Sur Clairvaux, maintenant partiellement une prison, voir : http://abbayedeclairvaux.com/index.php

Pour son rôle les cisterciennes sont aussi appelés Bernardins et Bernardines. En effet quelques années plus tard les fondations pour femmes suivaient : Robermont 1215, Val-Benoît 1231, Vivegnis 1236 etc.

À la tête d’une abbaye pour hommes se trouvait un abbé, à celle d’une pour femmes une abbesse. Élus pour la vie.

L’idéal consistait en autres :  éloignement de tout centre populeux, clôture stricte, vœu de pauvreté, célébration quotidienne de la messe et du St Office.

 

Organisation de l’Ordre

L’ordre était en principe bien organisé. Cîteaux était le centre où chaque année les abbés cisterciens se rassemblaient. Ses pouvoirs de juridiction étaient répartis entre quatre ‘filles’ : entre autres Clairvaux.  Les abbés de celles-ci effectuaient des visites régulières, présidaient les élections des abbesses ou au moins les ratifiaient, assistaient aux professions, inspectaient l’administration des biens, surveillaient la vie spirituelle. Cependant aucun document nous est resté prouvant réellement cette surveillance de l’abbé de Clairvaux sur place à Vivegnis ….

Vu les grandes distances les  ‘Pères immédiats’ déléguaient souvent leurs pouvoirs à des abbés commissaires, comme dans le cas de Vivegnis l’abbé d’Aulne,  de Val-Dieu ou de Val-Saint-Lambert. Ceux-ci sont rapportés d’avoir présider des séances de résignation ou d’élection d’une abbesse, ou d’avoir été confesseur des dames.  Mais les données dans les archives restent maigres …..

 

Vivegnis fut quelquefois discutée dans l’assemblée générale à Cîteaux ! En 1470 ce Chapitre général proposa le transfert d’une moniale dans une autre abbaye, vu sa conduite. Une autre fois il s’agissait de l’achat d’une ferme (Pontisse), de la résignation d’une abbesse, ou d’une réformation nécessaire.

En plus :  selon une chronique cistercienne en 1574 l’abbé de Cîteaux lui-même aurait visité Vivegnis, ce qui cependant n’est pas mentionné dans les registres de Vivegnis ….

L’évêque de Liège procédait probablement à la bénédiction des abbesses lors de leur élection, mais n’exerçait vraisemblablement pas d’autres pouvoirs.

Le nonce apostolique de Cologne en sa fonction d’envoyé du pape visitait l’abbaye en 1614, mais il n’est pas clair avec quelles résultats concrets…

 

Origine de « Vivegnis »

Le territoire où  l’abbaye de Vivegnis fut érigée, appartenait au Moyen-âge au domaine de Herstal, propriété des Mérovingiens (481-751), puis des Pépinides/Carolingiens (entre autres : Pépin II de Herstal 687-714 ; Charles Martel 714/719-741 ; Pépin III le Bref 741/751-768 ; Charlemagne 768/771-814), qui étaient seigneurs de Herstal, ducs de Lotharingie.

 

Pépin le Bref détachait 210 hectares de ce territoire qu’il offrit au monastère de Saint-Pierre de Liège.  Elle prit rapidement le nom de Vetus Vinetum (Vieux Vigne) ou Vivegnis (avec des graphies comme Vienengnis , Vivenis, Vivegnys …).  Voilà l’origine du village de Vivegnis.

Encore au XIIIe siècle  le village de Vivegnis relevait de Saint-Pierre.  Une partie de ce territoire était alors transmise au monastère de Beaufays, comme décrit plus haut,  par un acte conservé du 4-4-1225, passé en présence du  doiens et li capitles delle englise saint Pire en Liège’

Mais l’abbaye restait ‘pure hauteur de Herstal, dépendant de la Seigneurie de Lothraigne’  (1515). Ensuite elle faisait partie des possessions des ducs de Brabant, de la famille de Nassau, puis de roi de Prusse, seigneurs de Herstal jusqu’en 1740, tandis que le village appartenait toujours à Saint-Pierre de Liège.

Les Liégeois rachetaient la Seigneurie de Herstal en 1740, réunissant ainsi l’abbaye au village … Cela mettait fin aux éternelles luttes de prérogatives entre le prince-évêque de Liège (le village) et le seigneur de Herstal (l’abbaye).

 

Les habitants

Sur les moniales je cite d’abord la conclusion d’un chapitre avec beaucoup de faits récupérés dans des sources très différentes:

« La communauté religieuse de la Vigne Notre-Dame était constituée d'environ vingt-cinq professes secondées par une dizaine de sœurs converses.     

Issues de la noblesse ou de la haute bourgeoisie de la Principauté de Liège, ces jeunes filles entraient a Vivegnis pour prononcer leurs vœux solennels après une année de noviciat.

Alors que les converses se livraient a des travaux ménagers dont il est peu fait mention dans les archives du monastère, les dames de chœur avaient pour mission essentielle de célébrer les offices divins. Certaines d'entre elles occupaient des charges importantes a 1'abbaye, surveillant, qui le respect de la régie monastique, qui la bonne administration du domaine. L'une de ces professes était choisie par ses sœurs pour diriger la communauté en tant qu'abbesse et supérieure du couvent. »

Les moniales correspondaient avec leurs familles et séjournaient parfois longuement chez eux. Le contenu des lettres gardées relève malheureusement seulement  de mondanités,  querelles familiales, etc….  Elles étaient souvent les filles cadettes ….

Peut-être l’abbaye avait-elle aussi une école pour des jeunes filles de bonnes familles bien payantes des environs, comme c’était la règle. Elles formaient une source financière et un terrain de recrutement facile ! Mais il n’y a aucune preuve que c’était le cas à Vivegnis.

 

Noviciat et profession

Le noviciat commençait par la prise de l’habit et formait l’occasion d’une fête et banquet, payés par les parents. Ce temps de préparation durait un an, suivi par la profession (prise de la voile). Les novices (postulantes) vivaient dans un bâtiment séparé (construit à Vivegnis seulement en 1763) et ne rencontraient les professes que pendant les offices et les repas. Leur entretien restait à la charge de la famille. Après un an l’abbesse donnait son jugement, mais aussi toute la communauté.

L’usage d’un dot à l’occasion de la profession était défendu chez les cisterciens depuis 1683, mais les parents contribuaient à l’existence matérielle de leurs filles par des rentes annuelles, perpétuelles ou viagères, frais d’installation et de vêtements, mobilier etc. À la profession la postulante renonçait par testament à ses biens terrestres au profit de sa famille, en échange de rentes viagères. Une moniale ‘boursière’ veillait sur les finances.

À ce moment la postulante devait compter au moins ‘seize printemps’…

Une description détaillée de la cérémonie du prononcement des vœux a été sauvegardée. Mais on ne sait pas si ce rite se déroulait aussi à Vivegnis ….

Les vœux comportaient : l’obéissance à l’abbesse et d’autres supérieurs de l’ordre,  la chasteté et la pauvreté.

Mais nous allons voir que la désobéissance à l’abbesse a mené une fois à un vrai scandale… (voir : l’abbesse  si dessous)

Et la pauvreté ? Nous connaissons le cas de la correspondance d’une moniale se souciant sur les rentes qui l’étaient versées ou pas versées ….

Au XVe  siècle une moniale fut transféré dans un autre monastère afin que so exemple ne corrompe pas davantage la communauté ….

Au XVIe siècle, connu pour le relâchement de la discipline, une abbesse démissionnait …

Un mouvement de réformation naissait (voir clôture, cloitre)

En général nous ne savons pas à quel point les moniales de Vivegnis étaient fidèles à l’idéal de St Bernard …

 

Deux religieux masculins

Deux religieux étaient chargés de guider les moniales dans leur vie spirituelle : le Pater (ou directeur) les entendait en confession, le Noster (ou chapelain, vicaire, curé) célébrait les offices. Ils étaient originaires des abbayes de la région et logeaient dans une habitation à l’écart des  moniales, entretenus à leurs frais. Leur influence sur la vie monacale reste inconnue ….

 

L’abbesse

Sur l’abbesse reposait la direction spirituelle des moniales, ainsi que le pouvoir de gérer les biens du monastère. Élue pour la vie, elle devait donc répondre à certaines conditions pour cette tâche: engendrée d’un mariage légitime, intégrité virginale (donc pas de veuves…), au moins 40 ans d’âge et 8 années de profession. Il semble pourtant qu’à Vivegnis une abbesse aurait porté la crosse abbatiale à 21 ans !

Les noms des abbesses nous sont parvenus de 1445 jusque 1796.

Le mode de sélection et la cérémonie d’installation en présence de toute la communauté, de l’ abbé commissaire, des deux religieux et d’ un notaire apostolique sont connus en détail : lecture de parties de la Règle de saint Benoît, hymnes, serments de toutes les moniales, scrutin secret, exigeant plus de la moitié des suffrages, etc.. Un procès verbal était rédigé, signé par toutes les personnes présentes et envoyé à l’abbé de Clairvaux, qui devait la confirmer. Finalement bénédiction par un abbé ou évêque. Une élection était l’occasion de grande fête : en 1775 même accompagnée d’un feu d’artifice !

Les abbesses jouissaient de certains privilèges comme appartements privés, personnel domestique etc. En outre elles voyageaient dans les familles, dans les propriétés de l’abbaye … Sur l’influence de l’abbesse de Vivegnis sur la vie spirituelle des moniales rien n’est connu.

 

En 1776-77 un grave conflit éclata entre l’abbesse Isabelle Romedenne et la plupart des moniales d’un coté et un groupe de moniales entre lesquelles la boursière de l’autre. Il s’agissait de la validité de l’ élection et d’un crime commis par Isabelle avant son accession … L’issue exacte reste inconnue…  Les rebelles n’obéissaient pas à l’abbesse, la boursière refusait de remettre les clés des coffres… Des lettres furent envoyées par les deux partis au Père immédiat de Clairvaux, au prince-évêque de Liège, au nonce apostolique de Cologne et finalement à Rome ! Le conflit est très bien documenté. Après maintes avertissements, supplications et interventions  des autorités ecclésiastiques, deux ‘avocats fiscaux’ éloignaient les deux ‘meneuses’ de la révolte du monastère, tandis que  trois autres furent enfermées dans leur chambre… En plus le prince-évêque dut envoyer six soldats pour tenir des sympathisants des éloignées à l’écart ! Scandale à la Vigne Notre-Dame … Les documents signalent en outre : « la discipline régulière … se trouvait tout à fait troublée et le temporel également comme le spirituel dans un désordre qui ne pouvait se tolérer… »

C’est cette même abbesse qui était la dernière : suppression de l’abbaye en 1796 …

 

Encore un cas rare qui se passait à l’abbaye de Vivegnis : la résignation de l’abbesse Béatrice de Saint-Nicolas, due aussi à des graves problèmes de discipline.

 

Les abbesses étaient enterrées sous une pierre tombale, dont beaucoup d’inscriptions élogieuses nous sommes parvenues dans un manuscrit du XVIIe siècle.

 

À part l’abbesse il y avait plusieurs religieuses avec des tâches spéciales, comme la prieure,  la sous-prieure, la boursière et d’autres.


Dames de chœur (professes) et sœurs converses

Les sœurs converses eux aussi après  un an de noviciat prêtaient des vœux perpétuels. Mais elles n’entraient pas dans le chœur quand les dames chantaient l’Office et ne participaient pas aux élections de l’abbesse. Elles étaient chargées des taches de ménage et provenaient des classes inférieures. Elles étaient logées séparément et habillées différemment.

 

 

 

 

                                                                              

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sœur religieuse en habit  ordinaire dans la maison  et en habit de chœur

Coule blanche avec voile noire.

Scapulaire protégeant pendant le travail, manteau blanc dans le chœur.

 

 

 

 

                                                                    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sœur converse en habit ordinaire dans la maison et en habit d’église

Vêtements grises ; manteau noir dans l’église.

 

Les domestiques

Des paysans et artisans des environs étaient employés pour l’entretien des immeubles, des fonctions comme servante de la porte, la cultivation  des terres (bétail, agriculture, vignes).

Très peu de détails nous sommes parvenu. Voir aussi : les bâtiments

 

Vie quotidienne

Le fonds d’archives de Vivegnis est pauvre pour savoir beaucoup sur la vie quotidienne des moniales. La connaissance de coutumes en d’autres monastères cisterciennes doit nous venir en aide.

La plupart du temps un grand Silence devait régner dans le cloitre.

Si Vivegnis se comportait comme d’autres abbayes sur lesquelles nous sommes mieux informés, les moniales passaient beaucoup d’heures dans l’’eglise pour chanter la Messe et l’ Office : Mâtines à 4 h, Laudes, Prime, Tierce à 9 h, Sexte avant le repas de midi, Nones, Vêpres, Complies après le repas du soir.  Un Missel avec les cérémonies, ayant appartenu aux Cisterciennes de Vivegnis a été gardé (Rochefort).

En général les moniales ne communiaient que sept fois l’an. Ils recevaient fréquemment le sacrement de Pénitence ….

Chaque jour après la Prime se déroulait une séance au chapitre : lecture d’une partie de la Règle, aveux de fautes commises, réception de corrections et pénitences, discussion de toute question sur leur vie monastique.

Les repas étaient prises en commun, en écoutant récitation de lectures saintes. Les livres de comptes de l’abbaye de Vivegnis ont disparu, mais une dizaine de pages d’un registre survivant nous donnent une idée sur la nourriture : du pain, fromages et autres produits laitiers, légumes, viandes et poissons, douceurs, fruits et sucreries… Peut-être compensation pour la vie assez monotone de prières ….

En outre : du vin, acheté ou provenant des propres vignobles : « Vigne Notre Dame » !

Le loisir pendant les heures rares entre les cérémonies à l’église consistaient vraisemblablement en travaux d’aiguilles ou ouvrages d’art, dont une a survécu : une copie faite à la main d’un certain récit.

Mais en tout il nous manque d’informations spécifiques sur les activités des moniales à Vivegnis.

Quant au mobilier de l’abbaye : tout a été disséminé lors de la Révolution française et les registres d’achats sont également disparus … Tout au plus on peut imaginer que les moniales de Vivegnis vivaient dans un luxe et confort similaires à ceux d’autres abbayes de la région ….

 

Clôture, cloitre

Normalement les moniales ne pouvaient sortir du monastère. Et sauf le confesseur, le chapelain et des autorités ecclésiastiques, nul ne pouvait pénétrer dedans.

Cependant nous sommes informés que ces règles étaient souvent violées : visites de famille ou pour distraction d’une part, réceptions de parents et d’amis.

Au XVIe siècle une grande réformation devenait nécessaire.  Les autorités ecclésiastiques intervenaient aussi à Vivegnis : « celles de Vivegnis qui vivaient en leur particulier furent obligés de se remettre en communauté sous la disposition de leur abbesse et de ne plus sortir sans permission ». Quelques moniales de monastères de meilleure conduite étaient envoyées à Vivegnis pour restaurer l’ordre, mais elles étaient accueillies avec des injuries ! Finalement on dut écarter les rebelles avec force ! Une longue énumération de vices dans une autre lettre permet d’imaginer à quelle point l’idéal de St Bernard était perdu de vue ….

Citons la conclusion de Henneau-Montulet  sur la vie des moniales : « Bien qu’insérées dans un monde religieux où supérieurs réguliers et délégués du Saint-Siège exerçaient par leurs visites, une surveillance permanente, les Bernardines de Vivegnis menaient à leur guise le train de vie qui leur plaisait, dérogeant ainsi aux règles cisterciennes de frugalité et d’humilité. Absences prolongées, violation perpétuelle de la clôture, litiges entre l’abbesse et la communauté inquiétaient constamment les autorités religieuses qui intervinrent à plusieurs reprises et apparemment sans grand succès, afin de rétablir l’ordre et la discipline. »

 

Rôle politique et social

L’abbaye fut le théâtre de quelques épisodes politiques.

Durant les conflits entre l’Evêché-Principauté de Liège et les Ducs de Bourgogne : Philippe le Bon 1419-1467, Charles le Téméraire  1467-1477.  Philippe parvint à faire succéder son neveu Louis de Bourbon comme prince-évêque en 1455. Lors de sa ‘Joyeuse Entrée » à Liège en 1456 il demeurait avec son escorte quelques heures à l’abbaye de Vivegnis (monasterium sanctimonialium de Veteri Vineto).  Mais les Liégeois rebellèrent contre Louis et le déposèrent. Cette rébellion fit mâtée mais les Liégeois continuaient la rébellion ; furent défaits de nouveau, la ville dépouillée de ses privilèges.  Un légat pontifical devait réconcilier Louis avec ses sujets et choisissait l’abbaye de Vivegnis comme lieu d’un (troisième) rendez-vous. Celui-ci n’a plus eu place, Charles prenait Liège de force, saccageant et brulant la ville le 3 novembre 1468. Très probablement il logeait après une nuit à l’abbaye ….

 

L’abbaye jouait aussi un rôle initiateur dans la construction en 1643 d’une digue à la hauteur de Chertal / Cheratte,  dite ‘digue des Dames de Vivegnis’. Elle devait éviter les ravages causés par les inondations fréquentes de la Meuse, mettant parfois les maisons de Hermalle à l’eau jusqu’au plafond !. Par leurs propriétés aux environs les religieuses étaient fort concernées à ce projet. Cette digue s’effondrait à plusieurs reprises et chaque fois fût améliorée … jusque même en 1926 ! (Toussaint Pirotte : La vie à Hermalle au XIXe siècle)

 

Les bâtiments

Un visiteur vers 1744 :

 « … au milieu d’un Village plus étendu que peuplé, on trouve l’enceinte du monastère, dont la première entrée regarde le Sud-Est et donne l’accès d’une vaste Basse-cour bordée à gauche d’un grand jardin bien cultivé, en face d’un coteau en vignobles dont elle occupe le pié, et à droite de deux petites cours, dont les divers bâtiments achèvent le plan de cette maison … Le plus considérable de ces Edifices, est l’Église, divisée en trois parties : savoir le Sanctuaire, le Chœur des Dames et celui des Sœurs. Le Sanctuaire qui renferme de prétieuses reliques est séparé des autres parties par un double balustrade d’un beau jaspe, tirant sur le noir. ….. Les reliques principales sont de Sainte-Ursule et de ses compagnes »

L’église était surmontée à l’époque de la Renaissance par un dôme élégant. Une Sedes Sapientiae  (Siège de la Sagesse) invoquée comme Notre Dame de Vivegnis  se trouvait probablement dans cette église

Dans les registres des comptes de l’abbaye on a trouvé des dépenses pour constructions, réparations ; par exemple pour un réfectoire d’été et d’hiver, un vestibule, un quartier pour la prieure, nouvelle salle capitulaire, salle pot les converses, un noviciat …. Aucun nom d’architecte, aucune mention des matériaux. Seulement quelques références à des tableaux faites par un peintre et à un vitrail …

 

Les biens et revenus

Il y avait d’une part des biens gérés directement par les domestiques du monastère : la ferme, des terres, du bétail (bovins et ovins), des vignes, des bois, des houblonnières, des houillères. L’étendue des terres de la ferme fut mesurée exactement, par exemple en 1547 et lors de la vente des biens à la Révolution.  La récolte consistait en froment, seigle, épeautre ( ?).

D’autre part des biens concédés à des tenanciers qui les exploitaient en échange d’une redevance ; ce qui était bien contre les principes des premiers cisterciens … Elles se trouvaient à Vivegnis, Herstal, Milmort, Vottem, Hermée, Heure-le-Romain, Glons, Lhoën, Hermalle-sous-Argentau, Chertal, Othée …

À part la ferme à côté de l’abbaye le monastère possédait aussi une ferme à Pontisse, une à Oupeye et une à Slins. Et des maisons à Herstal, Hermalle et Liège, ainsi qu’un moulin à Herstal.

Les revenus de toutes ces possessions étaient fournis essentiellement par des rentes et un système détaillé de cens et trescens.

Les archives ont laissé trop peu d’information sur les revenus pour les étudier en détail, mais elles suffisent pour conclure que les moniales pouvaient mener une vie très confortable…..

 

 

Fin de l’abbaye lors de la Révolution Française

Malgré beaucoup de vicissitudes les cisterciennes avaient maintenu la présence d’une communauté religieuse à Vivegnis pendant plus de cinq cents ans, avant que la Révolution Française avec ses répercussions dans la Principauté de Liège venait mettre fin à cette présence en quelques années ….

L’histoire de la Principauté et spécialement des Prince-Évêques de  Liège pendant cette époque connaissait divers changements de régime avant que l’administration républicaine soit installé définitivement en 1795. (Voir Toussaint Pirotte 2003).

Le 15 fructidor an IV (1 sept 1796) la suppression des communautés religieuses était ordonné.   

Il  fut dressé une liste « des individus composant la communauté religieuse de Vivegnis conformément à l’Article III de la loi du 15 fructidor an IV » :  douze dames de chœur (dont la dernière abbesse Marie-Elisabeth Romedenne) et trois sœurs converses.

Il fut établi un inventaire sommaire  des biens de l’abbaye. Mais elle ne pouvait pas être précisée à fond parce que « … leurs archives aiant été en partie pillées  et l’autre partie aiant été emmenée au-delà du Rhin’  (lors d’un des changements de régime …). Presque tous les biens furent adjugé à un fondé de procuration d’une des religieuses pour la somme de 270.000 francs. Elle rachetait donc la plupart des biens ….

Certains des moniales quittèrent l’état ecclésiastique, d’autres restèrent fidèles à leur vocation monastique.  

En 1800 les principaux bâtiments furent détruits … Au cours de centaines d’années plus de deux cents jeunes filles y avaient au tenté « de concilier les tentations du monde extérieur avec les principes austères de saint Bernard. »

 

Redécouverte vers 1960 …

La ferme de l’abbaye avait survécu, mais fut incendiée en 1912 et 1914, reconstruite en 1915. Elle servait à la firme Hollandia depuis longtemps avant leur nouvelle usine fut projetée exactement sur le terrain de l’ancienne abbaye propre vers 1960 !

Lors de fouilles archéologiques en 1959-1960 par le Spéléo-Club de Liège pendant la construction de cette usine, on a pu présager l’étendue des bâtiments et mettre à  jour :

- une crypte encadrée d’épaisses murailles et divisées en deux parties, l’une comprenant seize loges, l’autre neuf

- les limites du cimetière des moniales, où elles furent enterrées à même le sol, comme la règle l’exigeait

- quelques tombes avec noms dans les caves et souterrains

L’infirmerie, l’un des seuls bâtiments du couvent qui avait aussi été sauvé, fut abattu lors de cette construction … Dernier vestige  « de ce qui fut vraisemblablement un des joyaux de l’architecture mosane »….

 

 

À consulter encore:

Heusy G., Rapport des fouilles archéologiques entreprises par le Spéléo-Club de Liège, 1959-1960,

man. dactyl. Musée communal de Herstal.

 

 

 

Carte des environs à la fin du XVIIIe siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ma flèche indique (probablement)

 

l’abbaye Vigne-Notre-Dame